Individualisation / personnalisation : enjeux pour le scénario et le tutorat

L’objectif de cet article est de distinguer les termes individualisation et personnalisation qui sont souvent utilisés indifféremment en FOAD. Chacun a pourtant sa spécificité : l’un renvoyant plutôt à une problématique de scénario et l’autre au tutorat.

Définitions

Le dictionnaire entretient une relative confusion entre ces termes. Si l’on recherche par exemple les items « individu » et « personne », on trouve :

Individu : unité élémentaire dont se composent les sociétés.

Personne : être humain considéré dans son individualité, sa spécificité. Personnalité. Moi.

L’un renvoie en quelque sorte à l’autre, et l’on comprend alors qu’il est sera plus productif de considérer ces termes, contextualisés dans un discours pédagogique.

Dans son préambule du Bulletin pédagogique de l’Institut Varois de l’École Moderne (2000), Annette Louat associe individualisation à « la mise en place d’un travail individuel », tandis que la personnalisation « doit permettre à l’enfant de travailler en fonction de ce qui lui est propre, de ses intérêts, de ses besoins en faisant de lui l’acteur principal de son éducation. » Si dans les deux cas, il est question de « travail », la personnalisation met en avant des caractéristiques spécifiques à la personne (« ce qui lui est propre »), c’est-à-dire ce qui est unique à la personne. Alors que tel travail individuel peut être proposé à plusieurs apprenants.

Individualisation

Plus proche de nos préoccupations, le glossaire d’Educnet, s’il ne définit pas personnalisation, donne pour « individualisation d’une formation » en FOAD :

« L’individualisation de la formation s’inscrit dans une démarche générale de recherche d’adaptation du système de formation aux besoins de l’apprenant. Elle peut se définir aussi comme une formation sur mesure. L’individualisation désigne la possibilité pour des apprenants, à partir d’un dispositif de positionnement à l’entrée, d’effectuer des parcours d’apprentissage différents selon leurs besoins et leurs objectifs personnels. »

L’apport de cette définition est de rapprocher l’individualisation du travail de conception de dispositif ; dispositif dont le découpage serait suffisamment fin pour, selon le positionnement des connaissances au départ, générer des parcours variables d’un apprenant à l’autre. Ainsi, ce qui est individualisé relève en fait du contenu scénarisé, et l’on conçoit aisément que les combinaisons de parcours sont en nombre limité, puisque l’on a ici affaire à un contenu préparé en amont de l’entrée de l’apprenant en formation. Par conséquent, l’expression « sur mesure » parait impropre à qualifier l’individualisation. En effet, empruntée au domaine de la haute-couture, le sur mesure renvoie à un vêtement réalisé selon les mensurations de la personne. Aussi, le terme de prêt-à-porter serait plus approprié car il se décline en tailles standard, en fonction du vêtement, en nom en fonction des caractéristiques propres de la personne.

Personnalisation

Les caractéristiques personnelles de l’apprenant sont potentiellement plus nombreuses et variées que les orientations possibles de parcours. Parmi les caractéristiques personnelles susceptibles d’avoir un impact sur les conditions de suivi de la formation, on peut par exemple retenir :

  • la situation familiale ;
  • l’état de santé ;
  • l’âge ;
  • le handicap ;
  • le niveau d’aisance dans l’expression (écrite ou orale) ;
  • le fait que l’entrée en formation soit volontaire ou imposée ;
  • les préférences cognitives ;

Cette variété les rend impossibles à prévoir toutes et donc à scénariser toutes leurs combinaisons potentielles. Prendre en compte ces caractéristiques ne peut donc se faire avant que l’apprenant entre en formation, mais au cours de la formation. C’est la raison pour laquelle, à mon sens, la personnalisation relève des prérogatives du tutorat (et non du travail de conception), dont la singularité autorise cette fois le parallèle avec le « sur mesure ». L’action du tuteur prend en quelque sorte le relais de l’individualisation prévue par le dispositif, en affinant autant que faire se peut, à partir des échanges que le tuteur peut avoir avec les apprenants par exemple lors du premier contact, par des invitations régulières à communiquer, mais aussi par l’observation des interactions collectives.

Synthèse

En filant cette métaphore, on pourrait ainsi distinguer individualisation et personnalisation :
Les intentions à l’origine de ces deux opérations sont distinctes :

  • Le travail d’individualisation produit un effet sur la constitution d’un parcours et vise l’adaptation de la formation en fonction de ce que sait déjà l’apprenant.
  • La personnalisation agit davantage sur les conditions dans lesquelles la formation est vécue par l’apprenant et repose largement sur la qualité des échanges avec le tuteur. Elle peut par exemple viser la mise en confiance de l’apprenant, l’entretien de sa motivation, la lutte contre les représentations a priori de la FOAD comme le côté froid et déshumanisé, susceptibles de freiner l’engagement de l’apprenant de la formation.

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